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De la nouvelle figuration  à une peinture de gestuelle.



"Le Marionnetiste" Huile sur toile (100/120) 1988 (BXL coll. part.)

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L'art au-delà de ses frontières naturelles

L'art n'a pas de frontière du tout; tous les genres confondus, quasiment plus rien des oeuvres actuelles n'est encore définissable dans les termes de l'histoire de l'art, dans le sens enregistré de ses évolutions; et puisque les artistes, les églises, les mécènes ont fini d'imposer des frontières caduques, faut-il en accepter d'autres, imposées par les critiques, et les nouvelles institutions toutes héritières du "concept"?

 La révolte permanente en art

De révolution en révolution le temps s'est considérablement contracté. il permet à l'artiste dans un espace restreint déjà connu, une vision rétrospective, situer son oeuvre en rapport de ces circonvolutions.
Se reconnaître "néo-expressionniste", encore faut-il savoir la relation "art langage". L'ignorance du concept maintenait l'oeuvre dans un genre d'art brut non évolutif. Ces notions concomitantes révolutionnent au sens étymologique. Tout ne se résout pas en art, en mouvements catalogués, c’est clair, il faudra tenir compte des individualités hors catégories.

 

"Tout enfant, je construisais des chapelles dérisoires éphémères , faites de nefs en sable et d'éclats de verres vifs colorés, ils teintaient un jeu d'ombres et de lumières, inscrits dans ma mémoire, il m'interdisaient l'accès aux camaïeux et aux grisailles du Nord. Soleils éclatés brûlant mes yeux, je devinais l'espace de mes rêves, jusqu'aux hautes vallées du Var. Devenu adulte, je revisitais, avec une amie, les gorges du Verdon, je reçus le même choc visuel et olfactif qu'en ces années cinquante sur la route des gorges du Verdon".


 "Visage" huile sur toile (70/60)
         Théâtre Atelier 1971
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Mes premiers dessins, réalisés à genoux sur le vieux plancher de la droguerie familiale;, dans le rayon des  matériels didactiques, j'allais prendre les précieux crayons à l'aniline, j’en mouillais la pointe  du bout de la langue afin d'en tirer un trait gras d’un beau bleu de Prusse.
Les combles de l'atelier de mon père servaient d'entrepôt et de salle de jeux  pour mes frères et cousins, un angle de cette pièce tenait lieu  d'atelier de peinture.  Je devrais bientôt abandonner ce bric-à-brac trop souvent visité par les  intrus, l'importance d'un espace créatif inviolé  ne m'avait pas  échappé, la quête d'un lieu de travail deviendrait vitale.

1968-1973, la décennie hippie, la guerre du Vietnam se prolongeait,  la  fin  de la révolution estudiantine, je l'avais passée entre fusils et seringues. Nous jouissions de nouvelles libertés acquises.
Un  service militaire trop long avait fait de moi un homme marié et père. Je me  remis à peindre dans le  grenier de la petite maison qu’une mère d'une amie nous louait pour une somme modeste, ma vie venait de basculer.j’avais été démobilisé, handicapé des membres inférieurs.
Je voulais une peinture toute de lumière liée à la matière, ne pouvant me défaire d'une manière figurative, bien violemment attiré par son contraire. Plus tard, j'ai découvert les oeuvres de Franz Marc, Otto Dix et autres Lyonel Feiniger ; j'y reconnus une filiation néo-expressionniste.

1973, Desiro expose au Fourneau Saint-Michel, Luxembourg, dans le cadre du Théâtre Ardennais. Il réalise les affiches pour la pièce d'Antonin Artaud Van Gogh le suicidé de la société, et au Théâtre de la Cité internationale de Paris pour une oeuvre de Franck Venaille
< Pourquoi tu pleures, dis...>. l'exposition des dessins réalisés au feutre noir, à la galerie Le Quai,de Liège influenceront "l'adhésion contradictoire et parallèle de Desiro au mouvement Conceptuel, une démarche à l'humour caustique". Participation dans la réalisation du film Prototype Culinaire d'Alain D'Hooghe .

1974, les architectes conceptuels donnent une conférence de presse et déposent un Manifeste à l'Institut des Arts Saint-Luc à Liège.
La même année, Desiro organise un autodafé dans les forêts d'Ardenne, et rompt ses relations avec le Théâtre d'Ambly.

1977, l'Association Internationale des Critiques d'Art tient ses états généraux à la Documenta de Kassel, en Allemagne fédérale. Desiro rencontre le poète Georges Linze à la galerie du Métro Madou  de Jean-Paul Flament à Bruxelles. Sortie des presses de la galerie Yellow, le catalogue de l'exposition <Des engrenages, des machines>Rencontre avec J.-L. Nyst et Jacques Lizène, le "petit-maître liégeois de la seconde partie du xxème siècle".

L'art conceptuel l'histoire de la contemporanéité, crée des ponts d’ l'art-langage, reliant des sensations indéfinissables entre la logique, les mathématiques et les sciences; l'art existe pour lui-même. L'ingénuité existentielle, modèle de désacralisation, tend à disputer la place de l’expression sacramentale. L'art par-delà ses pouvoirs consacrés enregistre en même temps la capacité des réactions qu'il provoque, et largement dirigée contre l’intellectualisme, sorte de retour vers les puissances occultes issues des pulsions archaïques incontrôlées. Nouveaux sauvages, nouveaux fauves bien nommés, néo-expressionnistes aux éclaboussures lyriques primaires.

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"Fanfare métaphysique"
 Étude à la mine de plomb 1974
11 De 1974 à 1979, période noire et "concept"

"J'aurais dit pouvoir faire ces dessins avec mon propre sang, abus de langage propre à l'impétuosité de la jeunesse; une certaine presse s'est emparée de ce barbarisme. Il n'en demeure pas moins que je prenais un certain plaisir à ces déclarations qui teintaient mon image médiatique de manière bien sombre. Je resterai aux yeux de certains critiques l'artiste noir [sic] qui "tirait à bout portant sur le vaisseau de la société" et, à les croire, elle n'attendait que cela pour sombrer. Heureusement, c'était aussi le temps de la découverte des premières communautés d'artistes, des amitiés qui resteront fidèles. De ces premières expositions qui m'avaient moralement épuisé, il ne restait qu'un arrière-goût d'amertume, comme si un saut dans le temps avait définitivement tourné la page; mais que sans raison resurgiraient d'anciennes images qui n'auraient pu se concrétiser, je ne pouvais réprimer ces réminiscences du passé.

L'oeuvre au noir n'était qu'un concept, un passage initiatique, résultante logique de la souffrance et de la révolte. Un retour vers la nature et vers la simplicité ne pouvait qu'être bénéfique pour me ressourcer, mais il y avait un prix à payer, une sorte de sacrifice expiatoire, un autodafé. De cet acte gratuit, magique, naîtraient une révolution intérieure et la fin de cette peur au ventre. L'angoisse existentielle n'ayant pas disparu, elle fut néanmoins l'impulsion initiatrice de ma connaissance des arts. Durant sept années, juché sur des cannes anglaises, j'allais visiter galeries et musées d'art contemporain à travers l'Europe, traînant à la fois le spleen désabusé de la génération "baba" et le goût de découvrir un art qui interrogerait des visages, des regards, une nouvelle démarche artistique.

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 Sérigraphie 1973
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Sur la maquette du carton d'invitation de l'exposition à la galerie "La Rose Traversée" située dans le métro de Bruxelles, il nous avertit des dangers du monde robotisé. Le cerveau humain s'entrouvre pour laisser apparaître son mécanisme qui est piraté par celui d'une machine un peu folle. Savant mélange d'engrenages, de résistances et d'ampoules, l'homme n'est plus libre de ses actes. Il est pris au jeu de sa propre machine. Il peut réagir ? Voilà cette tête, celle de l'artiste, qui n'est qu'à demi métamorphosée.

Il nous paraît intéressant d'insérer la préface d'un catalogue d'exposition, écrite par le poète belge Georges Linze. Il traduit bien l'état d'esprit et d'émulation des années soixante-dix, avant le constat de concept sans sève et sans saveur, le "Concept Light 90" des années institutionnelles.

"Notre mérite réside dans l'interprétation de notre temps" (Shakespeare). Et Saint-Just : tout ce qui n'est pas nouveau dans un temps d'innovation est pernicieux. Alors, Desiro ne se trompe pas. L'artiste enregistre et témoigne toujours. Aujourd'hui, l'homme semble dominé par la machine qu'il a créée. Le voici, homme-machine, robot perdu dans ses "roues et ses rouages". Dessins animés supérieurs. Desiro perçoit, jusqu'à la souffrance, cette étrange mutation, d'où son art d'aspect un peu barbare qui n'est qu'un message angoissé.


Il y a de la détresse dans ces oeuvres dont l'humour peut paraître grinçant. Cet art irrite? Tant mieux. Rien n'est pire que l'indifférence. Jacques Parisse, du journal La Wallonie, a dit justement que Desiro donnait l'amer diagnostic de la déspiritualisation de notre société. Nous commençons une préhistoire et  Desiro fait bien de nous montrer ses monstres et ses dangers. C'est d'ailleurs le rôle de l'artiste d'écouter les dictées secrètes du monde vivant. En fin de compte, il a toujours raison."



"La mère Michelle"  Acrylique sur toile  1980

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En 1980, avec sa "Période Foraine". Desiro surprend, peut-être
du Bad-Painting, de la sous culture à phases d'insertions  régionalistes? Les thèmes abordés sont en contradiction de nature avec ces définitions.
Le néo-avant-gardisme n'existant plus, excepté, chez des artistes restés dans les affres de l’ anonymat? Les grands archétypes de l'art contemporain  abordés  pour satisfaire le seul plaisir du collectionneur, avec des moyens médiatiques et financiers limités, les seuls dont, Artur Desiro dispose.
Interprétations  extravagantes, thèmes mineurs et majeurs confèrent aux allures des farces censées parodier les grands prédécesseurs. Parfois drolatique ou grotesque, essence des oeuvres somme toutes mineures.
Vu par Desiro, la rupture n'est qu'apparente, les rapports  art-langage premier souci du Conceptuel, le Pastiche et le Grotesque devaient constituer une part du programme.
 "Bizarre, le Surréalisme de  Desiro, écrira un chroniqueur mal informé, il fait appel à la technique de  l'art Naïf, au Symbolisme et aux grandes réminiscences de thèmes jadis exploités par des peintres en renom, sans qu'on puisse imaginer une sorte de plagiat ou d'hommage."
Artur Desiro joue en contrepoint d'une période à l'autre, sorte de parallélisme, de va-et-vient. Lors de l'exposition des grandes gouaches géométriques, à la galerie Valère Gustin de Liège en Belgique, jusqu'à l'exposition à l'Auditorium Hamoir de Bruxelles (la période Foraine ne sera jamais dévoilée au public), cette dichotomie antithèse artificielle, de ses recherches troublait l’artiste novateur.


L’anticipation de la période Géométrique, résulte un besoin d'isolement, sur l'emplacement d'une ancienne réserve à charbon.Artur Desiro fait construire un atelier au fond de son jardin, un cabanon de cinq mètres sur cinq.
" Le but de cette retraite,un lieu vierge à investir, voilà ce dont j'avais besoin pour renouveler mon inspiration. Des grandes gouaches géométriques naissaient d’un automatisme cher aux Surréalistes.
Des signes nouveaux occupaient toute mon activité. Les ensembles de formes imbriquées les unes dans les autres formaient des perspectives chaotiques et harmonieuses, des aplats, des camaïeux d'ocres, de jaunes et de verts tendres, une vie inconnue, un monde étrange, végétal, microbien et minéral, vus au travers de mon oeil devenu microscope vivant. Je devenais le chantre d'une nouvelle poésie à la gloire de la science. La fraîcheur, la nouveauté de ces <écritures> ne m'avaient  pas échappé. Des nouveaux personnages de la Commedia dell'Arte s’imposaient, Je continuais ces recherches en parallèle."


 "Géométrie poétique", détail, gouache sur carton (210/140) Coll. part. France 1979






11 Conscient d'élargir le microcosme d’une "mode artistique" en introduisant la notion de parallélismes créatifs à plusieurs temporalités? D'ores et déjà, un lien avec les mécaniques quantiques pourrait être soupçonné chez l’artiste, si cela ne semblait prématuré à ce point de notre analyse. Même si les nouvelles figures de l'artiste apparaissent plus techniciennes et plus liées aux produits industriels, l'art  poussé à l'uniformisation médiatique par quelques créateurs qui sacrifient au Concept, et à des galeristes trop pressés par la spéculation. Ne dénigrant pas ces nouvelles donnes, mis à part le seul autodafé qu’il se soit autorisé, jamais Desiro n'a détruit tout ou partie de la mosaïque permettant de reconstituer l'entièreté de son parcours. Considérons cette incohérence  de la Néo-avant Garde comme une richesse d’où on verra poindre bien plus tard le concept : Art-Ur.
Expérimentation et mouvement rendent l'artiste vivant. Les voici, ces "flash-back" d'où sont issus dans ses premiers carnets de voyages les dessins à l'encre de Chine tracés à main levée, pastiches mythologiques : des Dioscures protègent la naissance d'Athéna, Pâris, Achille et autres centaures, Artur Desiro évoque par sa vision si particulière, pour nous livrer cette oeuvre étonnante intitulée (Les grandes Dyonisies), une huile sur toile de 200 x 170 cm, le thème central est entouré de tableautins. Cronos vomit ses enfants, Bellérophon tue la Chimère : comment ne pas voir dans ce tableau réalisé entre 1984 et 1985 une expérience de parallélisme créatif à plusieurs temporalités? ou  prophétie, païenne à l'aube du troisième millénaire. "Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les pays ou les villes." (Francis Picabia)


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 L'atelier est installé dans les greniers, par manque d'espace, vivoir et lieu de travail. Le peintre devra abandonner les travaux à l'huile qui sont en cours d'exécution, il va se consacrer à la gouache et acrylique sur carton. Naîtra une longue galerie de personnages interlopes, des vagabonds, des couples étranges, nous plongeons dans l'atmosphère de l'oeuvre littéraire d'un Kerouac ou d'un Aldous Huxley.

1990. "Tribunal de dernière instance" 
178x140 
Acrylique sur toile

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Conceptuel, en marge du mouvement, il provoque un malaise visuel avec ses séries de doubles, remise en question de sa peinture dans le contexte des multiples, les nouveaux supports médias. L'acte culturel dans une structure architectonique, n'est jamais fortuit. Condition dans la continuité des moyens d'expression mis en situation, l'envers d'une toile devient sujet et structure. La problématique de l'art virtuel est ici abordée. Les nouvelles expérimentations iront en ce sens, traitées par l'absurde, par des procédés échappant à ce mode.


"La rumeur" huile sur toile (60/70) 1988 (coll. particulière)








111 Dans le tableau intitulé La Rumeur (huile sur toile de 70 x 60 cm), un personnage court devant le célèbre tableau de Picasso (Les Demoiselles d'Avignon). La question : la peinture a-t-elle vécu?  Depuis Cézanne, on comprend l’inexistence du réel objectif, il n'existe pas, tout ne serait qu'affaire de cadrage, d'angle et de prise de vues. Finies les purges du minimal et du conceptuel, il n'y a plus aucune obligation figurative ni son contraire. Pourquoi l'intelligentsia préfère-t-elle obstinément avoir un tableau sous les yeux? Les défenseurs de la peinture seraient-ils des romantiques rétrogrades ou littéraires? La peinture n'est qu'une voie de garage aux yeux de l'expérimentation, il n'y aurait plus que des installations pour agréer à l'intelligentsia. Depuis la deuxième révolution industrielle, il s'avère que seule la peinture est, dans le chaos visuel médiatique, l'échelle sensible des valeurs plastiques.





   
                                   "Les baigneuses de Sidé" Acrylique sur toile (80x90)
                                    (coll. particulière) 


 "Peinture accordéon" Acrylique sur bois
Double face
(Coll. particulière) (70/70) 1989
111 1998, performance, à la Vrienden van Gente Kunstmarkt de Gand, en Belgique, le Mobil Picture Cubes : quatre cubes mobile marouflés de toile synthétique. Ce sont des  structures peintes, les six faces se raccordent tels des jeux d'enfants. Les manipulations  coordonnées suivant le codex imaginé, peuvent rendre visibles les motifs cachés d'un Post-cubisme, Les volumes glissent sur une surface en polystyrène de cristal, grâce à des billes en Nylon non visibles.
Paraît une image virtuelle dans un miroir concave de synthèse, au travers de la table portée par quatre pyramides en bois. L'image transcende ainsi l'espace à la vitesse de la lumière.


L'appel du 18 juin 1990, lancé aux artistes en vue d'une rencontre confrontation entre les techniques nouvelles qu'offrent les sciences appliquées et leurs projets, elle se déroule au parc de Vincennes. Le nom "Art Mobile" fut donné à Paris lors de la performance d’ Artur Desiro.


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Avant-projet "Art et Espace" et  "Mobile Pictures cubes" 1989

Desiro se rend à Paris. Dans une petite valise, ses derniers projets réalisés sur des carnets Universal Block Vangerow's. Une offre lui est faite par Philips International : le dépôt d'un canon laser, monté sur chariots pneumatiques, qui permet d'attaquer toutes sortes de matières. Après six mois d'essais, le lobby achète les meilleures pièces réalisées par l'artiste, et lui offre un séjour dans sa luxueuse propriété de Monaco. Mais Desiro déclinera cette offre, préférant un long voyage de remise en question dans les Caraïbes, après avoir terminé la série de toiles intitulée Art et Espace, qui lui vaudra d'être lauréat du prix "Nouvelle Figuration" de Cannes.
1990, le Mobil Picture Cubes est installé à Paris.
Première peinture téléguidée , une structure allégée, recouverte de lais de toile collés et peints sur un matériel autoporteur téléguidé, à quatre roues. 


"Jaune" huile sur toile (100/80)
(Collection d'État) 1991

Pour une peinture de gestuelle

La fin d'une décennie voit le début d'une autre :  resituer le travail de Desiro, faire un bilan, des prospectives. les nouvelles tendances s'inscrivent dans la mémoire nourrissant des réflexions. la série Art et Espace issue de ses <Codex>, concepts tracés au stylo noir dans de minuscules carnets. Les années quatre-vingt-dix furent caractérisées par l'apparition d'une forme de peinture de gestuelle, production abondante, au départ des carnets d'études, des supports variés, comme l'Agenda des Arts, détournées au fil des jours de sa fonction, nouvelle phase, des recherches picturales abouties. "Peindre, puis dévorer à pleines dents de belles cerises rouges. Avez-vous vu l'hélice de Harold Ambellan?" L'artiste transforme plus qu'il ne crée; loin d'un barbouillage abstrait et d'un ravaudage de l'art, Desiro emprunte à divers systèmes philosophiques, s'il produit, c'est dans un autre but que la production . L'échec de toutes les alternatives qui paraissent révolutionnaires à l'origine est certain, d'une autre révolution vivra l'art du troisième millénaire. Acceptons l’inévitable <mensonge pieux> de l'Art parce qu'il est indispensable à notre survie.

Le 30 avril 1991 : "J'ai terminé le carnet de gouaches (Côte d'Azur)  et le livre premier de la Genèse, c'est une peinture rafraîchissante, forte et dynamique que ce retour aux origines et à la poésie." Avec le second carnet viennent ensuite les 32 réalisations à l'acrylique sur cartons format 36 x 56 cm, et les interprétations libres sur des grandes toiles (Sodome, acrylique, 200 x 158 cm; Séparation des éléments, acrylique, 200 x 158 cm) issues des premiers textes de l'Ancien Testament. Ce sont de nouvelles icônes de paix, lancées, comme bouteilles à la mer, aux trois grandes religions monothéistes, et aux universalistes de tout acabit qui aiment la peinture de gestuelle. Le 24 décembre 1991, nuit de Noël, il termine enfin le tableau qu'il appellera Rouge, Jaune, Bleu (huile sur toile, 80 x 150 cm). L'Agenda des Arts de 1992 est détourné : Bar à New York City de Edward Hopper, à la page du 19 octobre, était recouvert par un projet : Jaune. Le 19 janvier, jour anniversaire de la naissance de Paul Cézanne, la page est peinte d'un avant-projet pour le tableau: Le roi s'amuse. La double page réservée à l'âge d'or du style Manuélin se voit couverte par le projet La machine à donner des coups de pied au cul, peinture inspirée le lundi 20 avril par la déclaration de la guerre en Bosnie. Ainsi, chaque jour de cette année qui passait aura son peintre de renom recouvert par un original de Desiro, selon les préoccupations du moment. De Paris à Antalya, l'Agenda deviendra son livre de voyage et de chevet. En 1997, il lui inspirera encore de nouvelles oeuvres. Me vient à l'esprit la page 7 où il recouvrira la reproduction d'un tableau de Picasso par le projet d'une oeuvre appelée Fusion et réalisée en 1996 dans l'atelier de la rue du Parc, sur un lais de toile de lin de 150 x 180 cm. Peint à l'acrylique, par larges touches au couteau, les rapports des masses colorées rouges, jaunes et orangées sont balancés sur le fond du support par des ocres et des bleus qui contribuent à la violence de l'oeuvre. Quant au motif, il suggère aussi bien des hauts fourneaux en activité qu'un grand vaisseau échoué, cela sans le moindre détail anecdotique. Cet agenda riche d'idées nouvelles, il l'accompagnera d'annotations dans les interlignes du texte original.

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Noir rouge jaune bleu. 1992
(158x100)


Signalons encore, lors de la Documenta de Kassel en 1992, l'installation sauvage de parallélépipèdes blancs constitués de catalogues personnels empilés, manifestation d'une attitude antagoniste dans le contexte du monde officiel de l'art contemporain.

Plus récemment, Desiro installait sa Chapelle des Arts Contemporains sur la place des Arceaux, à Montpellier. En frontispice d'un petit temple éphémère on pouvait lire : "Désenvoûtements chromatiques, gris-gris, amulettes, reliques, oriflammes votives, ex-voto, prix spéciaux pour marchands du Temple, phylactères, pêche miraculeuse. Lors d'apparitions fugitives du Grand Prêtre, distribution parcimonieuse d'indulgences." Tous ces services étaient effectivement proposés au public montpelliérain!

 

Copyright 2006. Artur Desiro. http://www.desiroartgalerie.net